Les roues
livre, 10x16,5 cm, 900 pages
“J’habite le Possible -
Maison plus belle que la Prose - (…)”
Emily Dickinson, Cahiers
Quelques textes parmi des pages de possibles.
Les chercher, tomber dessus.



Sec
dessin (encre de chine)
Les dessins sèchent comme la gorge, je les regarde, le papier se tend et se soulève, ils sèchent et j’entends toutes les conversations que je n’aurais pas, les bruits quand je déglutis, ceux aussi de ma bouche quand je parle, je voudrais qu’il n’y ait que ma voix mais ça ne passe jamais comme ça.
Je les regarde sécher; c’est en laissant l’eau s’évaporer que les dessins deviennent. Ils prennent leur temps. Quand ma bouche devient aride, le silence se fait. Quand les dessins sont enfin des déserts, qu’ils ont chassé la moindre goutte d’eau, alors ils commencent à raconter. Ils prennent mon relais.


dessin suspendu durant Avant-Première
participation à l’exposition Si oui le fagot, une proposition d’Héloïse Pierre-Emmanuel
Je pense aux livres
Le week-end dernier, l’école des Arts Décoratifs a ouvert ses portes : c’était Avant-Première. Il y a eu un grand remue-ménage, un grand chambardement, et ensuite pleins d’expositions.
L’occasion d’ouvrir l’atelier Livre ! Et de travailler avec du beau monde, toutes options confondues.




“Je pense aux livres”
(Marina Tsvetaeva, lettre à Maximilien Volochine, avril 1911)
La scène se passe dans l’atelier.
Où le lieu et les livres se mêlent, se confondent, jouent un rôle où chacun trouve sa place.
Désir de mettre les livres en mouvement, d’en fissurer les contours, de les embrasser du regard, des mains, des oreilles.
Par l’objet seul ou par l’intermédiaire de son auteur, entrer dans le livre comme dans l’espace, la scène, être tour à tour spectateur puis acteur, regardeur puis lecteur.
J’ai présenté un ensemble de textes,
Pour finir
Pages sans squelette, sans armature, sans rien qui tienne.
Les lire comme on contemple un lit défait : la fin de quelque chose.


les apparaissants (ceux qu’on cherche).
projet en cours.
Histoire de ma faim
- livre (texte / photographie / dessin)
12,5x18,5 / 36 pages / septembre 2011
Livre réalisé à l’occasion du passage du DNAT aux Beaux-Arts d’Épinal. Sorte d’arrêt sur image de mes réflexions et de mes recherches après trois ans en école d’art. Introduction au projet de diplôme, “Le silence d’Antigone” (voir plus bas).






Les disparues
- dessins / texte
4 dessins de 80 x 150 cm, disposés en étoile, tenant debout sur le sol.
texte placé devant chaque dessin sous la forme d’un livret à emporter, à lire, à garder.
- livre (texte / dessin)
11x15 cm/ 20 pages / mai 2011
exposition collective intitulée “Tous debout!”, à la galerie Apollonia, à Strasbourg, en avril 2011, dans le cadre du Bureau du Dessin.
extrait
Nous ne sommes pas nées, nous sommes apparues. Du plus loin que je me souvienne j’ai toujours eu l’âge que j’ai et je n’ai jamais senti mes os s’étirer et grandir. Nous sommes apparues chacune dans le rôle qui nous était attribué, toutes soeurs l’une de l’autre, avec notre généalogie gravée dans notre tête, grands-mères, mères, soeurs, tantes, comme des strates, des couches emmêlées.
Notre mère n’avait pas de souvenirs d’enfance : elle est apparue mère et nous sommes apparues filles.
Nous connaissions les histoires qui appartiennent à tous, les corps nés de la terre, les corps qui retourneront à la poussière, les corps qui deviennent pierre ou ruisseau.
Nous avons cru, comme tout le monde, à nos propres inventions. Nous nous sommes trouvées des héros, nous avons accroché leurs images aux murs, nous les avons lus, nous les avons écrits, et au bout d’un moment nous sommes nous aussi devenus des histoires. (…)







Les témoins
deux éditions :
- livre (texte / photographie / dessin)
11x17,5 / 100 pages / octobre 2010 - janvier 2011
- coffret de 4 livres et 4 cartes (texte / photographie / dessin)
14,2x19,4 cm (livres), 100x79 cm (cartes) / 42 pages
octobre 2010 - janvier 2011
(extrait - chapitre I, Iris et Samuel)
La seule chose que j’ai gardée, c’est la couverture de laine toute étriquée que notre mère mettait sur le lit au moment de l’hiver. Je l’ai gardée comme un trésor. Quand Samuel a dit Il faut partir, là, maintenant et tout laisser comme ça, comme si on allait revenir, j’ai ouvert grand les yeux et j’ai pensé à la couverture. J’ai demandé Si on laisse tout, ça veut dire qu’on reviendra, de toute façon. On ne peut pas tout laisser comme ça, personne ne peut, personne ne peut demander à quelqu’un de faire ça. Il s’est énervé, il a dit On part à présent, partir ça veut dire qu’on ne revient pas et s’ils forcent la porte avec leurs épaules sèches, leurs épaules rugueuses d’hommes tout en noir et sans mots, il faudra qu’ils croient que nous sommes partis à l’instant, qu’importe le jour où ils viendront. Tu comprends? Tu comprends ? (…) J’ai pensé Je voudrais appartenir à un lieu Samuel, un lieu pour de bon. Je me suis approchée de la fenêtre et j’ai fermé les yeux pour m’imprégner un peu de choses familières avant de partir, partir encore. (…) Je me suis dit N’oublie pas, comme ça ce sera un peu ta maison. (…) J’ai pris tout le paysage au-delà de la fenêtre comme on replie un baluchon, par les quatre coins. La ligne d’horizon s’est courbée par le bas à cause du poids des immeubles des maisons des voitures et des gens, j’ai fait un nœud et j’ai mis la couverture dans mon sac.








Je voudrais que tu voies
correspondance
livre (texte / dessin) - travail réalisé avec Marine Froeliger
30x41cm / 2 pages pliées / janvier 2011 / 12 exemplaires
12/11/10
Je voudrais que tu voies ses deux poings qu’il superpose, l’un au dessus de l’autre, sur la table. (…) Ses deux poings cagneux et gonflés, ses mains pleines d’écorchures, à la peau dure comme du bois. On l’entend presque résonner si l’on tapote dessus. Dans le creux de ses poings, il pose son menton et il serre les dents. S’endort parfois mais ne le dit pas. (…) Il soupire et oscille un peu la tête, prononce des mots que je ne comprends pas. Il a le regard un peu dans le vague et j’entends sa tête qui rumine et déplace tout, qui cogite et met des conditionnels à toutes les choses pour voir si cela aurait été différent. Ses poings s’enfoncent dans la nappe et quand il les enlève l’empreinte reste un moment. L’empreinte du poids de sa tête. Après il se lève et part chercher de la limonade dans la cave.






La sentinelle
portfolio (texte / dessin / photographie)
30x27,5 cm / 16 pages / mai 2010
J’ai cherché le paysage, le lieu comme un nid où je pourrais être protégée. (…) Il y avait, face à moi, trop de choses, trop près, trop multiples. J’étais submergée, à chaque fois, par ces étendues complexes, fouillées. (…) Alors j’ai rêvé de distance. De longue, longue distance. (…) J’ai trouvé une ruine, un vestige. J’ai dit « c’est un rempart ». Un rempart, puis l’horizon, le ciel et la terre, mais pas tout de suite. Plus loin. (…) J’ai trouvé un espace qui respire, qui pousse au loin les
choses trop pleines, remplies à ras-bords. (…) J’ai pensé aux sentinelles, impassibles, imprenables. Qui du haut de tout, loin de tout, regardent là-bas, tout au fond, déduisent plus qu’elles ne regardent, perçoivent plus qu’elles ne voient.




La louve
livre (texte / dessin)
12,5x20 cm / 52 pages / janvier 2011
(…) Maigre et noire, la louve ne dort plus.
Elle rêve d’être mangée. Dormir dans des entrailles. Là où il fait chaud, là où respirer fait frémir les parois. La louve rêve éveillée d’un immense sommeil, où il ferait bon se réfugier. (…)





